La relève de l'équipage est constituée de Bob, Arsène, Laurent et Luis qui nous rejoignent dans l'après-midi et avitaillent le bateau en vue de la traversée du Golfe de Gascogne. Les courants de marée sont forts rendent le moment peu favorable au passage du redoutable Raz de Sein. Nous appareillons donc pour Morgat histoire de changer de crèmerie et de prendre le bateau en main. Passage impressionnant par le chenal du Toulinguet et entre les Tas de pois vers le cap de la Chèvre.
Tôt matin nous mettons les voiles vers Sein. Le passage du Raz à la renverse du courant et dans la grésille se fait sans mal. Par la suite, le vent et la mer se lèvent progressivement et le passage de Penmarc'h est plus sportif que spectaculaire. Luis supporte mal le froid et la mer formée.
C'est Bob à la barre qui s'efforce de slalomer entre les casiers de pêcheurs. Nous approchons d'un petit chalutier immobile; passer devant ou derrière lui? Nous décidons de passer devant lui: c'est notre route, il est visiblement sans erre et nous voit, cela permet d'éviter une éventuelle obstruction derrière lui. Lorsque nous sommes à deux longueurs de bateaux il met en avant plein gaz! Nous rebroussons chemin, faisant un empannage en catastrophe et après un 360° et quelques insultes bien pesées, nous sommes à nouveau en route pour Concarneau où nous resterons consignés par la tempête et les vents contrariants pendant trois longs jours!
Concarneau: sa ville close, un très intéressant musée de la pêche, son marché couvert bien fourni en mollusques, ses cafés et crêperies, le berceau des Glénans, et pour moi, les souvenir d'un amour! De quoi passer ces journées d'inactivité agréablement, même si les écoutes nous démangent les mains.
Le départ se fait par un vent assez frais et pas encore idéalement orienté. Nous suivons les conseils de notre météorologue attitré, Bertrand, et faisons route plein sud! Nous avançons à plus de sept noeuds avec un ris, puis deux dans la grand-voile. Pour le confort de ceux qui tentent de dormir à bord, je décide de réduire les voiles en remplaçant le Solent par notre tourmentin. C'est la première fois que cette belle voile fluo sort de son sac. Nous filons encore à 6-7 noeuds, mais le bateau est plus stable.
Les quarts égrainent la nuit et lendemain, l'équipage se réveille sous le soleil, par mer belle et un vent mollissant. Nous remettons la toile, mais ce n'est que vers l'après-midi que nous nous risquons à pêcher, le bateau ayant ralenti à moins de six noeuds. Résultat décevant: deux orphies et deux sacs en plastique! Puis c'est le calme plat, une mer à peine ridée sous le soleil et le bruit du moteur.
Une demi-douzaine d'huitres et un poulet basquaise plus tard, le vent a tourné est-nord-est et nous permet d'avancer à la voile, cette fois droit vers notre destination, La Corogne.
Nuit magnifiquement étoilée, légère fluorescence dans l'eau et visite de cétacés noctambules non-identifiés qui effrayent Bob!
Au réveil, la mer est splendide, parsemée de petits moutons, le bateau semble bondir d'une crête à la suivante dans le vent portant qui a forci. Il est sage de prendre un ris en même temps que le petit déjeuner. Encore des dauphins, et pour la première fois, des cargos.
Luis, qui avait mangé pour la première fois le soir précédent, sort de sa torpeur et de sa cabine. Il semble vaillant et tous nous l'en félicitons. Enfin, il n'est pas encore prêt à cracher contre le vent non plus!
La direction prise par ce dernier nous empêche de faire route directe sur La Corogne et devant nous, l'ouverture de la Ria de Vivero nous invite au repos mérité après trois jours en mer.
Prochaine escale, mouillage dans la Ria Cedeira, 20 milles plus à l'ouest. L'endroit est magnifiquement protégé de la houle et offre deux immenses plages de sable, des tombants rocheux couverts de verdure, un petit port de pêche et un excellent mouillage.
Nous mettons l'annexe à l'eau pour visiter le petit village balnéaire. Nous interrogeons quelques indigènes qui nous recommandent deux établissements quasi mitoyens. En quelques plats, ils nous prouvent que la réputation gastronomique de la Galice n'est pas surfaite! Après des tapas exquis servis avec charme par Anna, nous passons aux plats de résistance dans le restaurant voisin pour diverses préparations de céphalopodes, de calamar et de lotte. Luis n'en peut plus et se fait reconduire au part par le père de la dite Anna.
Lendemain, départ matinal alors que des dauphins s'ébrouent dans la ria. C'est le dernier jour de mer pour trois d'entre nous, et les impératifs terrestres reprennent leurs droits: horaires, avions et sonneries de téléphone... Adieu émouvant de Laurent après le nettoyage du bateau. Et puis tous nous quitteront.