Parti sur un bateau neuf doté d'une panoplie complète d'électronique embarquée, cette question s'est imposée à moi durant toute une traversée de l'Atlantique. En plus des indispensables GPS et VHF, nous étions équipé d'un Iridium, d'un radar, d'un pilote automatique, d'une centrale de navigation Raymarine et d'un ordinateur avec le logiciel Maxsea.
Ayant quitté les côtes bretonnes fin octobre, le radar s'est très vite avéré utile: hélas, impossible à mettre en route! Pendant 2 jours nous avons lu et re-lu la notice d'utilisation, poussé sur tout les boutons et même grimpé au mât pour détecter le ronronnement du radôme, en vain. Donc, radar Raymarine, un équipement qui représente tout de même un certain investissement, utilité = zéro! (Cet engin s'est toutefois remis à fonctionner mystérieusement au sud des Canaries où les risques de brouillard avoisinent les 5%!)
La centrale de navigation était reliée à 4 répétiteurs d'affichage Raymarine ST70, dont un dédié au pilote automatique. Le premier jour de pluie sérieuse en a mis un définitivement hors service et a nécessité le démontage de celui qui commande le pilote pour le faire sécher! Visiblement, Raymarine ne prévoit pas que ses boîtiers d'affichage soient placés à l'extérieur dans des régions où il pleut!
Quand aux boîtiers d'affichage qui ont résisté à la pluie, il s'est avéré impossible d'obtenir durablement l'affichage de la vitesse en nœuds ou la distance en milles nautiques. Le système repassait sans cesse à sa guise en MPH (miles per hour) et en miles impériaux britanniques!
Le pilote automatique nous a incontestablement rendu de grands services durant la traversée, mais il refusait régulièrement de rendre les commandes au barreur humain. Il est vrai qu'il barrait mieux qu'aucun d'entre nous, néanmoins il est parfois utile de passer la barre à un être humain, d'autant plus que le pilote refusait aussi d'effectuer une quelconque correction de cap vers bâbord.
Quant à Maxsea, une fois sur deux ce logiciel ne trouvait pas la position du bateau (il suffisait de le redémarrer). Il est évidemment impossible de déterminer à qui la responsabilité: le programme, le gps, ou la centrale de navigation?
En voilà pour l'aspect technique, mais ce matériel influence aussi le facteur humain:
Un des équipiers, peut-être motivé par l'envie d'apprendre à utiliser ces outils, passait des heures à paramètrer les écrans des répétiteurs, à définir des alarmes aussi inutiles qu'énervantes pour le restant de l'équipage.
Petit à petit les informations distillées par l'électronique prenaient le dessus sur ce qui était observable à l'œil nu, et lors d'une nuit j'ai trouvé un équipier en train de vérifier les informations météo sur Maxsea alors qu'il était grand temps de réduire la voilure, ce qui était évident à un équipier sur le pont.
A une autre occasion, le barreur a viré par erreur alors qu'il suivait les indications de l'anémomètre sur un répétiteur au lieu de simplement observer les voiles!
En conclusion: d'une grande aide, l'électronique embarquée a encore du chemin à parcourir avant d'être fiable. Son prix, pour un fonctionnement aléatoire, est exagéré, surtout si on y ajoute le prix humain. Une solide formation à la navigation sur carte papier et l'acquisition du sens marin restent indispensable à quiconque envisage de prendre la mer.